Dans le cadre des indispensables mobilisations qui s’organisent pour dénoncer l’agression impérialiste des États-Unis d’Amérique contre le Vénézuéla, la FSU 72 a lancé un appel commun à ce jour validé par la CGT 72, SUD Éducation 72 et ATTAC. D’autres organisations consultent dans la perspective de rejoindre cet appel COMMUN.
Il semble important à nos organisations de souligner la gravité de la situation, car nous assistons en direct au dépeçage des institutions internationales qui de fait, sont maintenant inopérantes au regard de la partition du monde qu’entendent organiser les despotes D. Trump, X. Jinping et V. Poutine.
Aussi nous invitons toutes les personnes soucieuses de l’état du monde, du droit international, de la préservation et de la défense de la paix entre les peuples et de leurs droits imprescriptibles à s’autodéterminer à relayer cet appel commun et à se rassembler massivement au Mans, place de la République, ce lundi 5 janvier 2026, à partir de 18h.
Notre force et notre pouvoir d’agir sont immenses si nous cessons nos querelles et que nous œuvrons toustes à défendre les principes que nous avons en commun et à le faire en recherchant ce qui nous rassemble plutôt qu’à mettre en exergue ce qui nous singularise.
Appel commun en soutien au peuple venezuelien, pour la paix et contre l’impérialisme – 5/12, 18h, République, Le Mans
Le Venezuela a été bombardé par l’armée des États-Unis dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026. Le président américain, Donald Trump, et son gouvernement revendiquent l’enlèvement du président vénézuélien, Nicolás Maduro, ainsi que de son épouse, Cilia Flores, par les forces spéciales américaines, à l’issue d’une attaque terrestre éclair.
M. Trump a annoncé que N. Maduro et C. Flores seraient jugés par un tribunal fédéral de New York pour « conspiration narcoterroriste ». Il a également déclaré que les États-Unis entendaient « diriger » le Venezuela jusqu’à une « transition sûre », tout en exploitant ses réserves pétrolières. Cette ingérence impérialiste, visant à imposer un changement de régime, s’inscrit dans une escalade de provocations et d’actes de piraterie, justifiés au prétexte de la lutte contre le trafic de drogue.
Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a dénoncé des attaques inacceptables, en violation flagrante du droit international. L’article 2, paragraphe 4 de la Charte des Nations unies est sans équivoque : « Les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies. »
Les organisations signataires de cet appel expriment leur solidarité avec le peuple vénézuélien. Si nous n’avons aucune illusion sur le régime en place à Caracas — son autoritarisme et ses atteintes aux droits humains —, nous n’en avons pas davantage sur les motivations réelles de l’administration Trump, notamment sa convoitise des ressources pétrolières et minières du pays.
Fidèle à leur histoire et à leurs valeurs, nos organisations réaffirment ENSEMBLE leur attachement indéfectible à la paix, à l’internationalisme et à la solidarité entre les peuples. Elles rappellent que les travailleuses et les travailleurs n’ont rien à gagner aux guerres, lesquelles servent avant tout des intérêts économiques, financiers et géopolitiques, notamment ceux liés à l’appropriation des ressources naturelles par les grandes puissances et les multinationales.
Être solidaires du peuple vénézuélien, c’est refuser toute ingérence étrangère et toute tentative de changement de régime imposée par la force. C’est affirmer que seul le peuple vénézuélien est légitime pour décider librement de son avenir politique, économique et social, sans pressions, menaces ni interventions extérieures.
Nous le réaffirmons avec force : seul le peuple vénézuélien a le droit souverain de déterminer son avenir et ce faisant de gérer les richesses de son sous-sol, sans ingérence étrangère.
L’agression militaire américaine est intolérable et menace d’engendrer chaos, guerre civile et une aggravation des souffrances d’une population déjà asphyxiée par un blocus économique illégal.
Nos organisations exigent du gouvernement français et de la communauté internationale qu’ils condamnent sans réserve cette intervention et réaffirment les principes fondateurs du droit international.
Nos organisations appellent à se mobiliser et à se rassembler en soutien au peuple vénézuélien, contre l’impérialisme américain et pour le respect du droit inaliénable des peuples à leur autodétermination.
Comprendre l’intervention américaine au Venezuela
Il ne s’agit pas de minorer les aspects idéologiques ou géopolitiques de l’intervention américaine – réaffirmer la doctrine Monroe, asseoir des sphères d’influence impériales.
Mais c’est bien le pétrole qui constitue le mobile essentiel de ce coup de force : l’accaparement et l’extraction des plus importantes réserves d’or noir du monde, longtemps exploitées avec une profitabilité inouïe par les multinationales américaines et leurs actionnaires.
Maduro était un dictateur brutal et corrompu, mais Trump s’entend très bien avec de nombreux dictateurs brutaux et corrompus, cela ne génère chez lui nulle hostilité.
L’objectif principal de l’expédition trumpiste est ailleurs : reprendre l’exploitation de la manne pétrolière vénézuélienne au profit des grandes fortunes américaines, exploitation qui avait atteint un premier paroxysme dans les années 1950, pendant cet « âge d’or » mythifié par le mouvement MAGA.
Si l’on veut comprendre l’ambition de la Maison Blanche, c’est sur cette histoire peu connue qu’il faut revenir : celle d’un extractivisme international poussé à son paroxysme, dont Trump cherche à écrire aujourd’hui un nouveau chapitre qui, s’il y parvient, pourrait s’avérer plus extrême encore.
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La production pétrolière vénézuélienne commence dans les années 1910 par un vice fondateur : le pétrole est pour ainsi dire donné aux majors étrangères.
Le dictateur Juan Vicente Gomez accorde des concessions extraordinairement généreuses aux multinationales américaines et britanniques, qui y développent rapidement la production.
Dès 1929, Caracas pèse pour plus de 10 % de la production d’or noir de la planète et en est le premier exportateur mondial.
Initialement, Britanniques et Américains se partagent le gâteau. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les seconds finissent par rafler la mise. Le Venezuela devient le premier réceptacle des investissements internationaux américains, et sa première source de profits étrangers.
Il faut bien prendre la mesure des richesses ainsi extraites du Venezuela par les Etats-Unis au mitan du 20e siècle.
En 1957, au sommet de cet extractivisme transfrontière, les profits enregistrés par les majors américaines au Venezuela sont du même ordre de grandeur que l’ensemble des bénéfices réalisés par toutes les multinationales américaines – tous secteurs confondus – dans tous les autres pays d’Amérique latine et tous les pays d’Europe continentale confondus !
L’équivalent de 12 % du produit intérieur net vénézuélien – c’est-à-dire de la valeur de tous les biens et services produits chaque année dans le pays – va aux actionnaires américains. Soit à peu près autant que ce que touche la classe populaire du Venezuela, les 50 % les plus pauvres du pays.

Le PIB du Venezuela augmente, mais au profit des grandes fortunes états-uniennes qui encaissent les dividendes et des employés américains bien payés.
Le Venezuela abrite en effet au début des années 1960 la plus grande communauté d’expatriés américains. Ces derniers y vivent dans des enclaves qui leur sont réservées, dotées d’hôpitaux flambants neufs et de terrains de baseball luxuriants.
C’est « l’âge d’or » auquel le pouvoir trumpiste souhaite revenir. Un partage de la rente pétrolière qu’on peut difficilement imaginer plus injuste et inégalitaire.
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C’est aussi un modèle de développement foncièrement instable, qui ne peut susciter que des réactions violentes.
Car comment accepter que les revenus versés aux actionnaires étrangers soient du même ordre de grandeur que ceux touchés par la moitié de la population locale ?
Jusqu’aux années 1950, dans la foulée de Gomez, les différents régimes au pouvoir à Caracas préfèrent choyer les capitaux internationaux, maintenant une fiscalité légère, se pliant aux désidérata des majors, s’enrichissant souvent au passage.
À partir des années 1960, comme dans le reste de l’Amérique latine, les gouvernements successifs vont essayer de négocier des conditions financières plus équilibrées.
Le Venezuela prend la tête de ce mouvement. C’est un homme politique vénézuélien, Juan Pablo Pérez Alfonzo, qui se trouve derrière la création de l’OPEP (Organisation des pays producteurs de pétrole) en 1960. Le pays prend les rênes du mouvement pour faire advenir un « nouvel ordre économique international », exiger une réécriture des règles du commerce mondial.
Ce processus culmine dans la nationalisation, en 1976, des actifs d’ExxonMobil, Shell et Chevron au Venezuela.
Donald Trump a 30 ans. Il ne cesse aujourd’hui de dénoncer ce « vol ». Et ne cache guère son objectif principal : revenir aux conditions léonines de la période 1920-1960.
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S’il y parvient, on peut envisager un doublement voire un triplement des profits de l’industrie pétrolière américaine, l’un des plus gros financeurs de Trump et du parti républicain.
Les réserves d’or noir du Venezuela sont en effet considérables : les plus importantes du monde. Et elles sont quasi-inexploitées, la production s’étant effondrée en raison de la mauvaise gestion du régime chaviste et du durcissement des sanctions américaines en 2017.

Les enjeux financiers sont d’autant plus importants que les prix du pétrole sont plus élevés que dans les années 1950. Si Trump parvenait à rétablir les conditions financières qui prévalaient au milieu du 20e siècle, la manne captée par les majors américaines et leurs propriétaires en serait augmentée d’autant.
Quand Trump dit qu’il veut « gouverner » le Venezuela, c’est là son projet.
Pour fixer un ordre de grandeur, les profits d’Aramco – le principal producteur de pétrole d’Arabie saoudite, pays qui abrite les deuxièmes plus grandes réserves d’or noir – se sont élevés ces dernières années à $100-$150 milliards par an.
$100 à $150 milliards par an : c’est la somme en jeu, aujourd’hui, derrière l’enlèvement de Maduro.
SARTHE
Comprendre l’intervention américaine au Venezuela